Vu au département communication de la Caisse des Dépôts : une vision assez court-termiste des solutions durables… #RSE #E20


by Fred Poulet 26/02/2012

Solutionsdurables.tv : c’est une web-tv dont le procédé participatif a été grossièrement inspiré par le modèle de techtoc.tv ou HRchannel.com, édités par Webcastory et que je connais bien puisque comme mes lecteurs le savent, j’y suis souvent actif comme intervenant et j’y propose souvent des sujets comme tant d’autres. J’ai convaincu ma direction d’y financer un plateau TV dans le passé – bien que ce qui suit ne l’engage pas et soit mon point de vue personnel – ça va sans dire.

                 

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Le cheminement et la gestation de l’idée ont été assez transparents puisque j’ai eu l’honneur d’apporter mon soutien à Fred Bascuñana quand il a proposé sa vision de la web-tv collaborative au département communication de la Caisse des dépôts – en rencontrant, à ses côtés pour témoigner de la justesse de son approche, M. Stéphane Barbey et Mme Florence Lépany. Je nomme volontairement ces deux personnes pour rester factuel et ne pas m’en prendre à une institution dont j’ignore les rouages, mais dont je me doute qu’elle fait de grands efforts pour défendre d’autres valeurs.

Je choisirai donc dans un souci de précision de parler des deux employés que j’ai rencontrés : je n’ai jamais travaillé à la Caisse des Dépôts et il ne m’appartient d’ailleurs ni de faire leur procès, ni encore moins celui d’une institution prise dans son ensemble : ce serait grotesque et démesuré, et je détesterais taper dans le tas et généraliser.

Par contre je souhaite relater des faits qui à mon sens engagent la responsabilité de cette grande entreprise qui à mon sens saura rectifier le tir.

Je suis contraint de le faire publiquement car je milite pour que ce genre de pratiques cesse d’une part, et d’autre part parce qu’un courrier à la CDC aurait moins de chance de les faire réagir de toute évidence (et puis je ne sais pas à qui écrire). De surcroît, c’est un peu aussi, qu’ils ont tourné en bourrique : en manquant de déontologie envers l’entrepreneur que je cite, ils ont aussi fait preuve de légèreté envers moi.

Manifestement sympathiques et affables sur la forme, je pars donc du principe que ces deux salariés ne reflètent en rien sur le fond les valeurs portées par leur employeur, institution capable de faire des efforts objectivement intenses pour se comporter en entreprise citoyenne. L’article qui suit n’est donc pas à charge contre la CDC, je tiens à le dire, mais porte sur des pratiques individuelles à mon sens inconnues de la direction de cette grande société.

C’est donc Stéphane Barbey, du département de la com, fan du concept de web-tv collaborative illustré par techtoc.tv qui a contacté Fred. Il l’a fait après avoir lui-même scrupuleusement retranscris en mars 2010 dans son propre blog 3 interviews fleuves qu’il a manifestement faites pour sa veille, en voici un exemple. Vous verrez à quel point la retranscription est appliquée, et atteste d’un effort… hum comment dirais-je « d’appropriation du concept » (avec le recul quelle ironie) : je suppose que Fred a dû être flatté par cette approche.

J’ai quant à moi eu le privilège, parce que je soutiens de façon quasi militante ces jeunes entrepreneurs (comme adepte du 2.0 je crois au concept de web-tv participative qu’a inventé Fred), de participer à une réunion, dans le contexte d’un déjeuner, avec Stéphane Barbey et Florence Lépany, de la Direction de la communication de la Caisse des dépôts, déjeuner offert par Fred Bascuñana, transformé en VRP pour l’occasion, ravi d’être consulté pour aider la Caisse des Dépôts à faire sa web-tv, et transporté à l’idée de les convaincre d’en faire une web-tv participative. Je précise « déjeuner offert par », dans la mesure où la conclusion de cette sombre histoire c’est un spectaculaire pompage d’idées aux frais du brave entrepreneur. Un comble qu’ils se soient laissés inviter.

Car nous avons été canardés de questions validant le cheminement et le process de cette démarche collaborative, process complexe, démarche sophistiquée, dans laquelle Fred a eu le premier l’idée de marier un réseau social et une web-TV pour que le réseau social soit au service de la production des vidéos de la web-TV : à savoir que ce sont des membres comme moi qui « poussent » les sujets et de facto les sujets produits ont fait l’objet d’une dynamique conversationnelle avant d’être réalisés.

Je dois vraiment insister sur le fait que Fred est un bon camarade du web, que j’ai d’ailleurs découvert grâce à ses plateaux et à sa web-tv sociale, mais que nous ne sommes pas de la même famille, que je n’ai strictement aucune action dans sa boîte : j’ai été invité à le soutenir pour témoigner de la justesse de l’usage, et j’étais ravi de networker sur cette base avec des gens motivés, parce que j’ai convaincu ma direction d’être ponctuellement cliente de cette solution. Que cela soit bien dit : c’est en tant que client et supporter que je suis intervenu, c’est en tant qu’individu libre de ses opinions que je vous narre ceci.

Pour moi qui m’intéresse beaucoup à la Responsabilité Sociétale des Organisations, au Développement Durable, je constate qu’il y a là un sujet édifiant : celui de la cohérence entre les valeurs portées par l’entreprise, au travers d’efforts souvent sincères portés par des collaborateurs motivés, et le comportement déviant de certains individus qui cassent la dynamique et les bonnes intentions d’un groupe : ça fait désordre quand ce sont des gens qui travaillent à la com.

C’est encore plus gênant quand ces deux personnes ont pour mission au nom de leur employeur de promouvoir une « solutionsdurable.tv ». Et c’est cela le sujet fascinant derrière cette histoire vous allez comprendre : à savoir, comment cette grande institution va-t-elle rectifier le tir de deux salariés irresponsables, pour rétablir sa propre responsabilité comme il se doit ?

Je veux bien qu’on ait d’un bout de la planète à l’autre parfois des idées similaires, innocemment, ça arrive – mais là j’ai été impliqué par devers moi dans le hold up en fournissant mon propre retour d’expérience.

A l’aune de la méthode, et bien que je sois loin d’être naïf pour avoir déjà tout vu et entendu (ou presque) dans ce monde cruel, je suis choqué, et perplexe.

Car si cette histoire de plagiat est une goujaterie de mauvais goût, son ironie est des plus croustillantes : dois-je rappeler qu’on parle ici d’une banque semi-publique, dont je ne vous rappellerai pas les bénéfices record en 2010 (plus de 800 millions d’euros de résultat net je crois) dont la vocation est de les investir dans l’économie ? – Et donc disais-je l’ironie est particulièrement croustillante, parce que le département com de cette société a orchestré un tel plagiat pour lancer un site qui se veut un exemple d’initiative citoyenne, en somme pour nous expliquer le caractère exemplaire de sa démarche.

Oui, je le confirme : c’est LA grande société par excellence qui doit obtenir de tous ses employés qu’ils se comportent de façon exemplaire.

Or j’ai appris que cette consultation avait lieu sans appel d’offre préalable, ce qui en soi ne me dérangerait pas sur le fond, si sur la forme, toutes les idées de Webcastory n’avaient été aspirées grossièrement sans le moindre appel d’offre en cohérence avec leurs discussions et avec la web-tv lancée. Malgré un cahier des charges que le service de la com, en la personne de Stéphane Barbey, a envoyé à Fred en lui demandant de le conserver confidentiel (sic), en somme l’expression de besoin « interne », qu’il a bien fallu qu’il me montre pour que je vienne le voir et pour que j’accepte de rencontrer deux personnes du service communication.

Moralité : faire miroiter à un jeune entrepreneur plein d’entrain, pour ses bonnes idées, un appel d’offre qui n’aura jamais lieu, un moyen bien pratique d’aspirer ses idées.

J’ai parlé d’ironie. Mais il faudrait inventer un mot bien plus puissant que « ironie » pour souligner la perversité de la chose, qui doit malheureusement être une pratique courante. Cette fois, un partenaire peut témoigner, c’est moi : je suppose que le service com l’avait omis : simple erreur de calcul, oubli ou négligence.

Sinon le crime… était presque parfait ! Dans tant d’autres cas c’est impossible de témoignanger de ces usages, et les jeunes pousses se font embobiner. Mais là, disais-je, il faudrait inventer un mot plus puissant qu’ironie car regardez bien ce qui se passe : « solutionsdurables.tv » a été lancée sur une pratique des plus court-termistes, on y présente une entreprise soucieuse de ses concitoyens mais pour le faire au mieux… on a d’abord roulé dans la farine un citoyen qui a cru pouvoir créer quelques postes, je suppose, avec un contrat de la Caisse des Dépôts.

Le plus dommage dans cette affaire c’est qu’à en juger par les faibles retours, à la limite du grotesque, en termes de conversations sur ce site, il eut été plus avisé de faire avec l’original. Bien mal acquis…

Nous sommes à deux mois d’une présidentielle où l’on nous parle déjà énormément de l’entreprise responsable.

Tous azimuts.

Si une entreprise aussi confortable (quant à sa situation de trésorerie) que la Caisse des Dépôts n’a pas de process interne visant à éviter de telles fautes de goûts, si leur déontologie n’est pas plus exemplaire que cela : quel message ces entreprises envoient-elles à leurs concitoyens ?  Qu’elles veulent notre bien ? Des « solutions durables » à tous égards ?

Dites-moi à votre tour si vous avez des expériences à partager : c’est le moment.

Il n’y a pas que les rémunérations des grands patrons dans la vie ; il y a aussi tout un tissu économique broyé au quotidien par ce genre de worst practices. Je suppose qu’on s’intéresserait moins aux salaires mirobolants des grands patrons si du reste ce n’étaient les écarts qui se creusaient : or il y a souvent des gens qui souffrent encore plus de ces écarts que les salariés de l’entreprise : ce sont les petits sous-traitants qui à tous égards sont véritablement en bout de chaîne alimentaire…

La RSE est un concept finalement assez flou : il est temps d’y mettre du retour de bonnes pratiques dans des domaines aussi prosaïques que notre bonne vieille déontologie !

Comme le disait je ne sais plus quel grand philosophe : la politesse n’est pas une vertu, mais c’est une introduction à la vertu en nous faisant apparaître en surface tels que nous devrions être au-dedans.

Eh bien la déontologie la plus élémentaire en affaires commence par quelques bonnes pratiques, visant à respecter ses partenaires : c’est une gymnastique managériale qui nourrit, prépare, produit des réflexes et des réflexions bien plus profonds : pour tout le reste. Et c’est en tout cas bel et bien par là qu’il faut commencer.

Sinon la suite ne sera qu’un discours fondé sur une base en argile, friable et… si ironique.